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La dimension identitaire du logement

Le droit au logement, reconnu internationalement depuis maintenant plus de 70 ans, a récemment été érigé au rang de « devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation ». Alors, pour l’ensemble de la nation, rien n’est moins sûr, mais, en ce qui concerne la Maison Relais, la part du contrat social est amplement remplie. Pour ne pas dire outrepassée…

En effet, les professionnelles de StudiOvives doivent savoir endosser plusieurs casquettes et ce mercredi matin, Marion a arboré celle de « déménageuse ». Elle est infirmière et a pour mission de coordonner toutes les actions de santé avec un réseau de professionnels libéraux, afin d’aiguiller les personnes qui en ont besoin et les rendre acteurs de leur santé. Madame L. et nous mêmes avons donc déplacé un par un les meubles de l’ancien au nouveau logement. Exception faite pour le lit médicalisé qui a nécessité une intervention extérieure. Une fois cette étape terminée, l’heure était au rangement.

Aider Madame L. à correctement investir les lieux, ranger ses affaires, faire du tri, nettoyer certains objets, sont autant de tâches représentant la réalité des professionnelles de StudiOvives. Par exemple, Marion s’est occupée des médicaments de Madame, elle les a soigneusement triés puis rangés dans un petit coffre à code. Mais la liste des missions ne s’arrête pas là : « On se retrouve à gérer des histoires de logistique », déclare Marion. En l’occurrence, il s’agissait d’un problème avec le parquet qui venait d’être refait.
Alors qu’il s’agisse de problèmes techniques, psychologiques ou encore physiques, le chemin qui permet de passer de la rue au logement n’est pas linéaire. Et pourtant, le fait de se loger est primordial dans la construction d’une personne. Comme écrit Nadège Leroux dans son ouvrage Qu’est-ce qu’habiter ?, « la maison constitue une référence et un outil de construction de soi ».
Mais toutes ces dimensions symboliques de l’habitat ne sont à prendre en compte que si la personne en question habite réellement les lieux. « Habiter » dépasse le simple fait d’ «occuper», «habiter» inclut la capacité à entretenir son logement, à le conserver dans la durée, à le faire sien. Or, le fait d’habiter n’est pas à la portée de tout le monde. Cette faculté dépend des parcours de vie. Considérer comme acquise cette faculté, l’établir au rang de norme sociale serait nier les différents parcours de vie et, par-là, nier l’individualité des personnes.

Alors comment aide-t-on à habiter ? Le déménagement de Madame L. répond tout à fait à cette problématique. En effet, ses soucis de santé ont été pris en compte, son mal-être dans l’ancien appartement également. Parce que pour habiter réellement un lieu, l’investir, il faut d’abord pouvoir l’apprécier, Madame L. devait changer de logement.

Ainsi, la Maison Relais c’est également la prise en compte de la différence de l’autre sans la stigmatiser et, ici, c’est un pari quant au futur de cette dame qui est lancé. « L’habitat désigne plus qu’un espace à habiter, il est le lieu d’un projet, d’une projection de soi, le reflet de soi. », écrit Manoli Davila-Galdano-Gavoli, De soi en toit. Ainsi, ce nouvel appartement présage très certainement un nouveau départ pour Madame L.
« Dans ces conditions, si l'on nous demandait le bienfait le plus précieux de la maison, nous dirions : la maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. (…) A la rêverie appartiennent des valeurs qui marquent l'homme en sa profondeur. (…) Sans elle, l'homme serait un être dispersé. (…) Elle est le premier monde de l'être humain. » Gaston Bachelard, La poétique de l’espace. (1957)